Armée d’un goût très sûr et d’une sensibilité picturale exacerbée par son amour des voyages, Anne Boghossian a ressuscité l’art oublié des fresques murales, qui transforment un intérieur ordinaire en château au raffinement cultivé. Avec Ananbô, les paysages romantiques retrouvent leurs lettres de noblesses sur papier peint.
C’est une tradition typiquement française, née au tournant du XIXe siècle dans les ateliers alsaciens de Zuber ou parisiens de Dufour, qui avait à peu près disparu des radars de la décoration contemporaine. Le papier peint panoramique — ces grandes fresques qui habillaient les murs des maisons bourgeoises et des palais, racontant des jungles tropicales, des jardins chinois ou des paysages bucoliques d’un mur à l’autre — avait fini par sembler trop somptueux, trop peu compatible avec le minimalisme qui a dominé les intérieurs pendant trente ans. Jusqu’à ce qu’une femme, en Gironde, décide de le remettre au goût du jour.
Anne Boghossian a grandi dans une famille où l’on repeignait les meubles le week-end, déménagé souvent, beaucoup voyagé — un premier séjour en Asie du Sud-Est au début des années 80 lui ouvre un imaginaire qu’elle ne refermera plus. C’est cette accumulation d’expériences sensibles et de voyages qui la conduit à fonder en 2008 son studio depuis le Château Montaliret à Génissac, en plein vignoble girondin. Les premiers décors — Tana, Lombok, Le jardin aux oiseaux — sont peints à la gouache par Anne elle-même. En 2010 et 2011, une collaboration avec le Cabinet Pinto, l’une des maisons de décoration les plus réputées de Paris, donne à sa marque Ananbô, au délicieux parfum de voyage flaubertien, une première visibilité professionnelle. C’est en septembre 2011 que la bascule s’opère : la première collection imprimée est lancée. Le process qui s’impose alors ne changera plus : chaque décor part d’une peinture originale grandeur nature — gouache, aquarelle ou huile — exécutée par un artiste sélectionné par la direction artistique, numérisée, retouchée minutieusement, puis imprimée à Bordeaux sur papier intissé ultra-mat aux encres naturelles.

L’aventure reste familiale au sens propre. Anne, ses enfants Méliné et Melkom, son mari Jean-Pierre sont co-gérants depuis les années 2010. Cette structure serrée explique l’absence de compromis esthétiques et la cohérence d’une ligne tenue sur près de deux décennies. Les collections se sont étoffées — les Jardins, les Paysages lointains, les Chinoiseries, la Collection Française, la Collection Andaman — couvrant un territoire qui va des sous-bois provençaux aux tropiques d’Orient. La fabrication reste intégralement française. Une collaboration avec Ressource Peintures a même donné naissance à 14 teintes exclusives conçues spécifiquement pour accompagner les panoramiques dans leur mise en espace.
Début 2026, Ananbô présente à Maison & Objet le second volet de sa Collection Italienne, avec deux nouveaux décors inspirés du Grand Tour — ce voyage initiatique que les artistes et esthètes européens entreprenaient dès le XVIIIe siècle pour s’abreuver à la source de la beauté antique. Un été à Tivoli, en finition couleur patinée, évoque les jardins de la Villa d’Este avec ses colonnes, ses cyprès et ses roses. Les jardins de Positano, disponible en couleur ou en grisaille sépia, ouvre sur la Méditerranée depuis une terrasse où palmiers et orangers dans de grandes vasques dorées regardent la mer.