À Marseille, la mode change de rythme. Pensée comme une alternative aux Fashion Weeks traditionnelles, la Slow Fashion Week réunit pendant neuf jours créatrices engagées, défilés atypiques et initiatives durables pour défendre une vision plus responsable, locale et inclusive de la création contemporaine.

En réponse aux Fashion Weeks traditionnelles, à leurs rituels jugés élitistes et à leurs bilans environnementaux dramatiques, un collectif de créatrices s’est uni pour fonder ce qui est en passe de devenir un véritable phénomène : la première Slow Fashion Week du monde. À la manœuvre de cette dissidence textile, le collectif Baga fondé par Marion Lopez et Charlotte Labigne défend une vision inclusive, éthique et solidaire de la création contemporaine. À l’origine de ce mouvement, il y a le parcours de Marion Lopez. Après quinze ans passés à Paris et à l’international dans les rouages d’une industrie de la mode souvent déconnectée des enjeux écologiques, cette toulousaine d’origine fait le choix de se diriger vers Marseille. Son obsession : prouver que la circularité et l’upcycling ne sont pas des concepts abstraits, mais des moteurs de création viables.
En 2021, elle fonde le Studio Lausié, la première école de mode entièrement dédiée à l’écoconception en Région Sud, formant une nouvelle génération de stylistes armés de ciseaux et de convictions. C’est le succès fulgurant des défilés de ses premières promotions, conçus à partir de matières sauvées du rebut (des filets de pêche aux peluches), qui agit comme un catalyseur. Constatant l’immense vivier de marques indépendantes qui s’inventent localement, Marion Lopez s’associe à d’autres créatrices pour structurer cette énergie. En janvier 2023 naît le collectif Baga, transformé en association en septembre 2024, avec une ambition claire : fédérer et faire rayonner.
La Cité Phocéenne, avec sa culture de la débrouille, son ADN populaire et ses espaces en friche, s’impose naturellement comme le laboratoire idéal du réemploi. Porté par cette communauté vibrante et locale — aujourd’hui composée de plus de 120 membres, dont 96 % de femmes —, le collectif a réussi le pari de transformer le paysage de la mode régionale en un tremplin engagé. C’est ici, ancré dans le territoire méditerranéen, que le collectif fait rayonner une alternative concrète où la création dialogue directement avec la rue et le patrimoine urbain.

Du 5 au 13 juin 2026, la Slow Fashion Week Marseille revient pour sa deuxième édition. Pendant neuf jours, plus de 40 événements vont mailler la ville pour penser et admirer la mode durable à toutes les étapes de sa fabrication. Le coup d’envoi sera donné le vendredi 5 juin lors d’une soirée inaugurale dans les Jardins des Vestiges du Musée d’Histoire de Marseille. Le week-end d’ouverture investira ensuite le Fort Saint-Jean du Mucem avec des ateliers de teinture végétale et un défilé en plein air signé de la marque MARJ, s’inscrivant en écho à l’exposition du Mucem « Mossi Traoré, la mode aussi ». La force de cette programmation plurielle réside dans sa capacité à coloniser des lieux insolites et habituellement invisibles du grand public. Un défilé collectif orchestré par les marques Strass Chronique et Kazuki s’installera ainsi au cœur même du site de maintenance des tramways de la RTM à Sainte-Marguerite Dromel. Ailleurs, la création s’exprimera par une performance de Jade Tekhil au Palais Longchamp, un défilé de la marque Engagés Engagées à la Porte d’Orient, ou encore une exposition immersive de réemploi baptisée L’unique au sein de la Smala. Dans sa volonté d’ouvrir un dialogue permanent au-delà des frontières de la Région Sud, le collectif poursuit son rituel d’inviter une griffe extérieure. Après avoir accueilli Maison Cléo l’an passé, c’est la marque normande Amour Collective qui viendra présenter sa collection engagée le samedi 13 juin, journée qui se clôturera par le défilé de la promotion 5 du Studio Lausié.
Après le succès critique et populaire de la première édition en 2025 — qui avait réuni près de 10 000 visiteurs et généré plus de 150 retombées presse —, le marché professionnel s’est emparé du signal pour capter cette nouvelle esthétique de la responsabilité. La grande nouveauté de cette édition 2026 réside dans la mise en place d’un parcours achats inédit, développé en partenariat avec le groupe WSN, l’acteur majeur des salons professionnels de la mode à Paris et à l’international. Ce dispositif stratégique permettra aux acheteurs des grands magasins et des concept stores de découvrir en exclusivité les collections des marques participantes directement au cœur des événements. Une passerelle essentielle qui valide la viabilité économique de l’upcycling, ouvre de nouveaux débouchés commerciaux pour les créatrices et confirme l’ambition de Baga : faire définitivement de Marseille la capitale française de la mode responsable.
