Fondée à Amiens à la fin du XIXe siècle, l’entreprise familiale a traversé les générations avant de s’ancrer dans le Sud. Maîtrisant l’art de la médaille et du bijou de tradition, La Couronne perpétue un savoir-faire précieux, au service d’objets qui ne se contentent pas de passer de main en main mais de parler au cœur durablement.
Tout commence en 1890, dans la brume d’Amiens. La ville, florissante, est alors la 10e de France, marquée par l’essor de l’industrie, notamment textile dont elle est un fleuron national avec ses filatures, teintureries et manufactures de velours pour l’habillement et l’ameublement. Dans cette commune dynamique économiquement et culturellement — un certain Jules Verne siège à son conseil municipal —, le jeune Esaïe Gonthiez fonde à 32 ans le premier atelier de fabrication de bijoux en or. La situation favorable d’Amiens, comme l’écrit Jules Verne à son ami Charles Wallut, “On est près de Paris, assez pour en avoir le reflet, sans le bruit insupportable et l’agitation stérile.”, permet à l’atelier de grandir, s’industrialiser et s’ouvrir à la production d’une bijouterie fantaisie tout en nouant des relations avec les grandes maisons de luxe françaises.
L’entreprise traverse le siècle, portée par sa production de qualité et ses collaborations prestigieuses. Jusqu’en 1990, quand le soleil pointe au cœur de la brume. Thierry Gonthiez, l’arrière-petit-fils du fondateur, et son épouse Anne-Marie, séduits par le Sud, décident d’y installer leur savoir-faire. Tandis que Gonthiez et Frères reste solidement implantée sur ses terres picardes, le couple fonde La Couronne à Marseille et choisit sa spécialité sous l’égide de la Bonne Mère : la création de médailles. Aujourd’hui, c’est la cinquième génération qui tient la barre, faisant briller ce nom choisi en référence au livre de l’Apocalypse et de la femme couronnée de douze étoiles. Par-delà la généalogie familiale, c’est une certaine idée de la permanence qui se joue ici.
Dans un monde toujours plus dématérialisé, où nos souvenirs rejoignent l’immatérialité froide des clouds et nos émotions se dissolvent au rythme des mises à jour logicielles, une médaille baptismale, une chevalière armoriée est un fragment de réel à chérir. Quelle est la pérennité d’un pixel quand l’or, lui, brave les décennies et les crises ? Qu’il s’agisse de sa ligne de petite joaillerie ou des pièces de tradition, la maison propose mieux que de l’amour, des preuves d’amour.
Cette permanence prend racine dans le secret de l’atelier, où la fabrication demeure un rituel de précision. On y pratique encore l’estampage traditionnel, un procédé de frappe à balancier où une plaque d’or chauffée vient heurter une matrice en acier pour en épouser chaque relief. C’est ainsi que naissent des collections exclusives, des vierges classiques aux créations plus contemporaines comme les gammes « Esquisses » découpées au laser. Mais le moment le plus métaphysique reste sans doute celui de la gravure en « taille douce ». L’artisan fixe la médaille sur un boulet de cuir et, à l’aide d’une échoppe, entame le métal avec la minutie d’un copiste.
Maison de référence pour ses médailles, bijoux pieux et chevalières, La Couronne creuse le sillon du bijou de sentiment, insufflant une douce modernité aux formes traditionnelles en proposant des créations sur mesure ou à l’occasion de collaborations avec des créatrices résolument de notre temps telle Sarah Espeute, Luce Monier ou Atelier Franca, pour des objets touchants, de la broderie néo-romantique à l’ex-voto végétal ou céramique.
